Pourquoi je parle de sommeil
Il y a quelques années encore, j’aurais classé le sommeil dans la catégorie « accessoire ». Pas par négligence, plutôt par hiérarchie : j’avais bien intégré que l’alimentation et l’activité physique étaient deux piliers de la santé. Mais le sommeil ? Une variable d’ajustement. Un truc qu’on raccourcit quand on a mieux à faire, et qu’on rattrape le week–end.

J’avais tort. Profondément. Et c’est en partie pour ça que j’écris cet article : pour celles et ceux qui, comme moi à l’époque, sous-estiment ce que le sommeil fait – ou ne fait plus – pour eux. Pour ceux qui ronflent et pensent que c’est juste « gênant pour l’autre dans le lit ». Pour ceux qui acceptent la fatigue comme une fatalité.
De ce sujet, j’ai fait mon premier pas concret sur le chemin de l’équilibre. Pas un changement d’habitude. Une décision médicale lourde, assumée, et qui a tout changé.
Mon rapport au sommeil, avant
Avant, je ronflais. Beaucoup. Très fort. Au point que ma compagne dormait avec des boules Quies depuis longtemps (voire dans la chambre d’amis parfois), et que ma fille m’entendait depuis sa chambre. Ce n’était pas un détail conjugal : c’était un signal.
À ça s’ajoutait un coucher tardif chronique – la fameuse « heure à moi » qu’on grappille sur la nuit – et une sensation lancinante : je dormais, mais je ne récupérais pas. Je me réveillais sans jamais être vraiment reposé. Au bureau, je piquais du nez plusieurs fois par jour. J’avais accepté ça comme un bruit de fond normal.
Ce que je ne savais pas, c’est que le mot « reposé » désignait un état que je n’avais probablement pas connu depuis très longtemps. On ne peut pas regretter ce qu’on n’a jamais ressenti.
Le déclic : ORL, diagnostic, et un mot qui change tout
C’est la persistance du ronflement qui m’a poussé à consulter – pas la fatigue, que je banalisais. J’ai pris rendez-vous avec un ORL spécialiste des ronflements, qui m’a fait faire un enregistrement nocturne du sommeil.

Le verdict est tombé : apnée du sommeil modérée.
L’apnée du sommeil, c’est cette pathologie où votre respiration s’interrompt à de multiples reprises pendant la nuit, sans que vous en ayez conscience. Le corps, lui, encaisse : micro réveils, oxygénation dégradée, système cardiovasculaire sous tension. Vous croyez dormir. En réalité, vous luttez. J’ai découvert à cette occasion que je dormais sur le dos (persuadé que je dormais sur le côté) et que l’apnée est pire sur le dos.
Première étape de traitement : une orthèse d’avancée mandibulaire, fabriquée sur mesure par un stomatologue. Une sorte de gouttière qui maintient la mâchoire en position avancée pendant la nuit pour libérer les voies respiratoires.
Les premières nuits avec l’orthèse, j’ai vécu quelque chose qui m’a sidéré : je me suis réveillé reposé. Pas « moins fatigué ». Reposé. C’est cette nuance qui m’a fait comprendre, à 40 ans passés, ce que je n’avais jamais ressenti consciemment.
Une parenthèse douloureuse, et une intuition
Il y a un point que je ne peux pas passer sous silence dans cet article, parce qu’il a structuré ma décision personnelle autant que les diagnostics médicaux : ma maman.
Elle ronflait, elle aussi. Très fort. Elle est décédée brutalement, d’un accident cardiovasculaire. À l’époque, personne dans la famille n’a fait le lien. On n’avait pas les mots. Aujourd’hui, avec ce que je sais de l’apnée du sommeil et de ses conséquences sur le système cardiovasculaire, j’ai la conviction qu’elle en souffrait sans le savoir, et qu’il y a probablement un lien entre sa pathologie non diagnostiquée et son décès.
Je ne peux pas le prouver. Mais cette intuition est une des raisons pour lesquelles j’écris ces lignes : l’apnée du sommeil reste méconnue, et peut avoir de terribles conséquences. Si cet article amène une seule personne à consulter, il aura servi.
Devenir acteur : le choix du traitement structurel
L’orthèse a fonctionné. Mais ce n’était pas une solution définitive. Sur le long terme, elle pose des questions pour les dents et la mâchoire. Et au-delà, je n’avais pas envie de m’installer pour la vie dans une gestion palliative d’un symptôme.
L’occasion s’est présentée par un détour inattendu : la consultation d’orthodontie de ma fille. L’orthodontiste a évoqué les bénéfices d’un traitement orthodontique sur la posture, la respiration, et donc – indirectement – sur le ronflement et l’apnée. Le déclic a été immédiat. J’ai pris rendez-vous pour moi.
Le parcours proposé : traitement orthodontique complet suivi d’une chirurgie d’avancée mandibulaire. Lourd. Long. Le chirurgien et l’orthodontiste m’ont, à juste titre, recommandé d’épuiser d’abord les options moins invasives – orthèse, voire PPC (le fameux masque nocturne) – avant d’envisager la chirurgie.
J’ai choisi l’inverse. Pas par défi, par calcul. Le masque PPC, c’est un appareillage à vie : je me trouvais trop jeune pour m’engager là-dedans pour le restant de mes jours. Je n’avais aucun levier d’hygiène de vie disponible – pas de surpoids, pas de tabac à éliminer. Restait l’option structurelle.
Appareillage en juin 2023. Opération en février 2025. Dépose de l’appareil en janvier 2026. Près de trois ans de traitement actif, pour un résultat que je voulais durable.
Ce que le contraste m’a appris
Sans le vouloir, mon parcours m’a fait vivre une sorte d’expérience en aveugle sur moi-même : sans orthèse → 2 ans avec orthèse → 2,5 ans sans (pendant l’orthodontie) → opération → post-op. Cinq phases distinctes, cinq ressentis différents. Difficile de rester dans le déni quand on a senti la différence dans son corps.
Deux choses à retenir, qui valent au-delà de mon cas particulier :
Le mythe « je récupérerai le week-end » est un mensonge. Matthew Walker, dans Pourquoi nous dormons, le démontre froidement : la dette de sommeil ne se rattrape pas. Une nuit à 6h, c’est une nuit perdue, point.
Le mythe « dormir moins = être plus productif » est un piège. C’est le récit qu’on se raconte pour justifier de grignoter sur le sommeil. La vérité, c’est qu’un corps reposé travaille mieux, décide mieux, encaisse mieux le stress, et récupère mieux du sport. Les trois piliers – alimentation, mouvement, sommeil – ne sont pas une liste, ce sont une boucle : bien manger pour bien dormir, bien dormir pour bien bouger, bien bouger pour mieux dormir et « mieux » manger.

Ce qui a changé pour moi
Aujourd’hui, l’effet est net et mesurable dans plusieurs domaines de vie :
- Plus d’énergie au quotidien, et surtout plus de stabilité énergétique
- Clarté mentale et meilleure concentration au travail – fini les coups de pompe toute la journée
- Humeur plus stable, moins d’irritabilité
- Couple apaisé – les boules Quies ont disparu de la table de nuit
- Plus de présence aux autres, à ma fille, à mes amis
Ce sont des effets qui touchent la Santé, bien sûr, mais aussi la Cadence (mon rythme quotidien), les Liens (mes proches en bénéficient autant que moi), et le Travail. Le sommeil n’est jamais isolé. C’est exactement pour ça qu’il est central.
Ce que je retiens, ce que je veux transmettre
À ma fille, et à toi qui me lis, je dirais ceci, dans cet ordre :
Écoute ton corps. Si tu ronfles, ne le banalise pas – fais toi diagnostiquer. Deviens acteur de ta santé : demande, choisis, décide. Et alors, et alors seulement, tu découvriras ce que j’ai mis 40 ans à comprendre : le sommeil n’est pas une variable d’ajustement. C’est un pilier.
C’est mon premier pas sur le chemin de l’équilibre. Pas un hasard si j’en parle en premier sur ce blog.
Et toi, comment dors-tu ? Vraiment ?
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